Nintendo Labo, le jeu vidéo qui cartonne

Nintendo aime casser les habitudes des gamers à coup d’innovations, comme le prouve le nouveau concept de l’éditeur: Nintendo Labo, des kits de jouets en carton à assembler augmentés de jeux vidéo.

Nintendo, qui a développé des jeux de cartes pendant des décennies avant de se lancer dans le jeu vidéo à partir des années 1970, a toujours aimé casser les habitudes des joueurs. La société a par exemple inventé les Game & Watch (premiers jeux électroniques), les consoles portables (la Game Boy), le jeu vidéo basé sur la détection de mouvements (la Wii) et le sport sur console (Wii Sports avec ses exercices ludiques à faire debout sur une balance). Nintendo a aussi révolutionné maintes fois la façon de jouer, en inventant rien moins que la sauvegarde (pour The Legend of Zelda) ou la croix directionnelle puis les gâchettes sur les manettes de leurs consoles, rapidement imité par toute l’industrie. Le paradoxe, assumé par la firme, est que ces innovations vont souvent à rebours de la course à la puissance: Nintendo n’a jamais été intéressé à lancer la console la plus rapide du marché. Nintendo innove par ses concepts, qui vont toujours dans le sens du plaisir de jouer et de l’amélioration du gameplay plutôt que du gadget technologique.

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Alors quand a été annoncé le concept du Nintendo Labo, c’est toute la planète gaming qui s’est roulée par terre de contentement. Car une nouvelle fois, sur le papier, la compagnie proposait un concept révolutionnaire: des kits de jouets en carton à assembler dans lesquels insérer les Joy-Con (les manettes de la Switch) et l’écran amovible de la console pour les augmenter d’un jeu vidéo.

Le kit de base vient d’être lancé à la fin du mois d’avril. Il propose cinq jouets à construire rassemblés dans une grosse boîte: une canne à pêche, une maison, une moto, un piano et une voiture télécommandée. Un second kit vendu séparément permet de construire un robot. Nintendo a annoncé que d’autres concepts de jeux seront lancés régulièrement. Plus intéressant, dans un mode « Découvrir » est proposé « l’atelier », une interface un peu cachée qui permet aux joueurs les plus audacieux de modifier les commandes des jeux existant, d’en découvrir d’autres (un tutoriel pour créer une guitare est par exemple accessible) et surtout d’imaginer leurs propres concepts . De cette communauté pourraient sortir des idées folles. C’est la plus belle promesse du Nintendo Labo, pile dans l’air du temps.
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Que valent les premiers jeux ? A l’usage, dès l’ouverture du carton, l’activité se dévoile parfaitement pensée et mise en scène: on suit sur l’écran de la console portable des instructions de montage qui sont indiquées étape par étape et s’adaptent au rythme du joueur (pas de vidéo: on avance dans les instructions en appuyant sur une zone de l’écran). Impossible de se tromper si l’on est attentif et soigneux. Le montage d’une activité en apparence simple peut s’avérer long: plus d’une heure… voire deux ou trois pour les plus complexes. Tournées vers les enfants jeunes (6-12 ans, avec besoin d’assistance pour les plus petits), chacune des cinq activités peut occuper tout un mercredi après-midi, de l’assemblage à la prise en main du jeu vidéo qui lui est associé.

 La première phase d’assemblage et de construction à base de planches de carton pré-découpé et d’élastiques, à mi-chemin entre Lego et montage de meuble Ikea est très amusante. La construction de la moto par exemple, en cinq étapes, invite à commencer par assembler le klaxon avant de s’attaquer à chaque poignée, à l’accélérateur, au guidon et ses commandes etc. Une fois la construction terminée, le joueur peut libérer sa créativité en décorant le jouet au feutre ou avec des autocollants. Le carton est très solide, et Nintendo a déjà annoncé la possibilité de racheter chaque kit à l’unité pour les remplacer en cas d’usure.
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La seconde phase: celle des jeux vidéo à proprement parler, est pour l’instant un peu moins convaincante. Ceux-ci doivent plutôt être considérés comme des mini-jeux, qui s’inscrivent dans une tradition de l’éditeur: celle des Wii Play ou 1-2 Switch: plaisants mais un peu répétitifs… Ce qui ne semble pas trop gêner le public auquel il s’adresse (le test a été fait avec un enfant de 8 ans qui a été enthousiasmé). Ces jeux révèlent surtout l’impressionnant condensé de technologie que contiennent les manettes de la Switch: giroscopie, vibrations, haut-parleurs, caméras infra-rouge, auxquels s’ajoute la dimension tactile de l’écran. Tout est mis à profit pour des effets étonnants. Sur l’ensemble des créations, c’est le piano qui est le plus bluffant: véritable instrument de musique en carton associé à une application d’enregistrement des créations, il est possible de moduler sa tonalité ou d’ajouter des effets sur le son. La moto et la canne à pêche font pour leur part office de simulations lo-fi étonnantes aux finitions soignées. Le concept de la maison est plus nébuleux: à l’intérieur s’y niche une petite créature que l’on peut occuper avec diverses activités.

Bien que très ingénieux et parfaitement exécuté, Nintendo Labo n’est pas une révolution. Mais en redonnant du corps et de la chair au jeu vidéo, en obligeant le joueur à des travaux manuels et en proposant des gameplay directement liés aux objets construits, le concept propose rien de moins qu’une nouvelle façon de penser le medium qui devrait faire des émules. Sur un versant moins positif, les constructions très guidées étape par étape peuvent être considérées comme un frein à la créativité, contrebalancé par les promesses de l’atelier: il sera passionnant de découvrir comment l’outil va être approprié par la communauté des joueurs. En attendant, il faut remercier Nintendo de rappeler, à rebours des promesses exprimées en millions de pixels de toute la concurrence, qu’on peut s’amuser beaucoup avec des idées simples et quelques bouts de carton.

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Source : Nintendo Labo, le jeu vidéo qui cartonne